L'implacable mouvement des vides

24.10.11

Mon avis sur cette question là

IMG_0005

Posté par ColvillePetipont à 15:17 - Cette vie que je ne vivrai pas - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


14.10.11

Dits des grands sociologues dépressifs

Frantisek, maniaque, tu as trop lu et mal Guy Debord et trop tard quand il était dépassé. Tu as trop baigné dans la mélancolie et tu crois, quand tu marches parmi la foule disparate et qu'une musique éclate dans tes tristes oreilles, qu'a lieu la connection. Tu tombes ridiculement, mais tu te relèves et continue d'avancer. Tu veux croire que c'est beau même si bien sûr - de grands sociologues dépressifs te l'ont fait savoir - tout est déjà là et la détermination sociale ne te laisse aucun choix. Oui, tous tes actes étaient en somme comme déjà programmés et même si, soudain conscient, tu crois échapper à la matrice, c'est pour déjà te jeter dans une autre matrice. Pourtant tu continues encore, tu te répètes pour toi-même : "Je veux croire je veux croire" et cet élan du mélodrame, par reproduction, te fait te sentir vivant.

Posté par ColvillePetipont à 11:25 - Vie de Frantisek Dritkoll - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,

17.07.11

PAUL-VIL, SES SOLLILOQUES INCESSANTS

par Jules Kurt-Hazard

 

Parfois, on le trouve jetant son regard par la fenêtre, sur les toits d’en face. À bout de souffle de simplement être là, il finit – mais ça, ça dépend des jours – peut-être par sortir ; avant ça, il doit mettre ses chaussures et comme sa seule paire sans lacets a déjà bien trop vécu, il a toujours, même en hiver, des pompes d’été, complètement trouées et l’air d’un mendiant. Comme il est celui qu’il est et qu’il ne peut trouver le bouton « STOP » qui arrêterait son cerveau bavard et prétentieux (et pourtant tellement confus), quand il sort comme ça, il lui faut souvent un but, sinon il a l’impression de gaspiller son temps, alors il va à la poste, ou acheter du pain, voire rapporter des livres qu’il n’a pas lu à bibliothèque et les échanger contre des livres qu’il ne lira pas. Pendant ces trajets, en même temps qu’il s’empiffre la baguette, ce qui fait qu’il devra faut croire retourner en chercher une autre, il se raconte à lui-même ses idées de génie pour son prochain livre qu’il croit dur comme fer écrire, là, dans les prochains mois, et qui déchirera tout. Si ça n’est pas ça, il est occupé par la critique analytique méta-discursive qu’il écrira sur ce livre que le public a plébiscité – le public et ses propres amis ! –, critique dans laquelle (alors qu’il a à peine lu l’ouvrage) il démontre point par point comme l’auteur a recopié, de façon presque honteuse tant il le dissimule mal, cet autre roman de cet autre auteur méconnu et sous-estimé qui avait tout compris avant tout le monde et que bien sûr tout le monde a boudé mais que lui seul a su repérer parmi la masse de sorties littéraires absconses, et à qui – dans une autre critique corrélée à celle présente – il donnera, lui le premier, ses lettres de noblesses.

Comme il est plongé dans ses pensées, il ne voit pas qu’il y a devant lui un type, dans lequel il cogne – ça, il aurait pu s’y attendre et écouter sa mère qui lui disait toujours « regarde où tu vas, quand tu marches dans la rue. » Bien évidemment le bonhomme n’est pas content et il lance haut de vilains noms que Paul fait semblant de ne pas entendre et à travers lesquels il marmonne de plates excuses, tout en gardant pour lui-même ce qu’il pense vraiment, parce que ça serait malvenu de dire la vérité, et même de la faire comprendre au brutus simplus qu’il a devant lui, vérité étant celle-ci : que lui est un penseur qui pense à de grandes choses, bien plus importantes que lui-même et encore importantes plus que la trajectoire de Brutus Simplus, et qu’alors on saurait, sachant ça, excuser qu’il soit quelque peu distrait, et par là-même comprendre qu’il puisse parfois provoquer de la sorte quelque incident, incident qui, ma foi, n’est finalement pas très grave, d’ailleurs. Au lieu de ça, il murmure un chapelet de « pardon-cestmafaute-mesexcuses » et le gars qui en vrai a lui aussi autre chose à foutre laisse tomber, se barre et Paul-Vil trace alors sa route vers chez lui, ou le supermarché, c’est selon.

Le problème capital avec ses sorties, c’est surtout qu’à un moment, il lui faut rentrer, et que ce moment, il le redoute plus que tout, parce que quand il marche, il peut se permettre de penser, et que quand il ne marche pas, penser, il peut le faire aussi, mais de suite, comme son corps n’est pas en mouvement, cette simple activité le rend coupable, en raison de sa position statique. C’est pourquoi il retarde l’heure du retour, trainant le plus possible dans les rayons de la bibliothèque ou du supermarché, et quelque fois, ayant pris un métro, il pousse jusqu’à la rue des bouquinistes, où il inspecte, presque religieusement, tous les bacs à 2€, 1€, 50cts, espérant y trouver un petit livre magique, ou un disque boudé par tous ces crétins et que lui sauvera. Mais le voilà de retour, parce qu’il faut bien, et celle qu’il aime a laissé un message, faisant savoir qu’elle s’inquiète tout de même, vu qu’il ne donne pas de nouvelles ; lui pense que bien sûr, vu qu’il n’a plus de forfait et qu’alors, elle fait chier à lui envoyer des messages auxquels il ne peut répondre, le faisant passer pour un ermite bougon (ce qui est un peu vrai), lui faisant croire à elle qu’il ne veut pas lui parler, et puis le laissant là, sur le carreau, ou dans ce fichu fauteuil où il atterrit toujours au final. Il se dit qu’il baiserait bien, mais il ne peut pas la faire venir, surtout qu’ils se sont bien engueulés la dernière fois et qu’alors, même si elle s’inquiète, ça ne veut pas dire qu’elle voudra le voir pour autant. Là, il trouve par terre, qui n’a pas bougé, la petite pile de poèmes de sa poète, qui n’est pas sa poète, se dit-il, merde, et il se penche pour les porter à son regard et en lit quelques-uns, et de suite entend les reproches d’Ineta qui piaille, « Cette petite conne, gn gn gn, avec ses petits poèmes, na na na, je lui exploserais bien la gueule, et toi et toi et toi ! Elle a quoi ? vingt ans ? Je te déteste tellement, toi et ces poèmes idiots, mièvres et débiles ! Tu es bien un mec, oui. » Sa main tremble un peu, il devrait, parce qu’elle a raison, il le sait, les jeter, ces poèmièvridiots, mais il ne le fait pas, et ils retombent par terre, retournant à leur place, quelque part entre le doute, l’ombre et un certain attachement illusoire et, par là-même, faisant preuve de sa bien grande connerie.

Pour finir, en fin de compte, après tout ça, il sort le petit roman à 50cts qu’il s’est acheté, dont il a lu le premier chapitre en rentrant, dans le métro, serrant contre lui son sac de courses, et il allume l’ordinateur, il se connecte sur la page de son forum, il crée une nouvelle fiche, entre le titre Le Clone triste, qu’il relie à sa liste, « chefs-d’œuvre de la SF injustement oubliés »,  et déjà, dans sa tête il s’écoute rédiger son analyse pointue du petit livre et il se trouve apaisé de se sentir utile au moins pour ça, sauver les livres perdus, et leur rendre la lumière méritée, celle que lui et son œuvre n’ont malheureusement pas eu la chance de connaître, alors il pleurniche encore un peu, mais quand-même il garde une bribe d’espoir. Et puis la nuit tombe et, dans la lumière bleutée de l’écran, il mange des nouilles chinoises.

Posté par ColvillePetipont à 14:58 - Cette vie que je ne vivrai pas - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

26.05.11

Le tableau oublié de René Magritte

magrittte

Le principe d'éternité, huile sur toile, 30 x 43cm, 1966, collection personnelle de M. Subiela, Asnières-sur-Seine

Posté par ColvillePetipont à 15:35 - oldies but goldies - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,

18.05.11

Les faussaires (59-extrait)

à T.


     Pour la première fois s’échafaudaient des plans d’une extrême logique, d’une symbolique pure et essentielle, qui s’imposaient à son esprit par pans entiers, débloquant les rouages, palier par palier, enfin tout prenait forme et se répondait.

            C’était incongru et, quelques années auparavant, Alexander aurait injurié, descendu à renfort d’arguments et de cris quiconque aurait été dans ce sens, quiconque aurait osé dire : « Je n’ai jamais été autant en accord avec moi-même, jamais mon travail ne s’est autant éclairé, n’a eu de sens à ce point pour moi, jamais autant que maintenant, alors que je copie les grands maîtres. » Dans ses carnets à côté de croquis préparatifs, il notait ses réflexions, entrait dans de grands débats, s’imaginant face à une assemblée d’universitaires : il se voyait déjà comme le chef de file de la post-post-modernité, défendant sa cause, décortiquant membre par membre la grande écrevisse de la société… à quel point nous étions contaminés jusqu’à la moelle par la culture, la contre et la sous culture, envahis, bouffés ! à quel point chacun n’était plus qu’un amoncellement, une créature de Frankenstein, un ornithorynque, un monstre, oui ! à quel point nous n’existions, pour ainsi dire, pas. Oui, faire des copies, de faux tableaux, ne jamais être soi même était bien la seule façon d’être sincère et juste puisque c’était le monde extérieur, et uniquement ce monde extérieur, qui nous avait construits.

Posté par ColvillePetipont à 18:29 - Manifestement - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

18.02.11

comme ses paroles se perdraient dans un souffle

De là, Sean sut désormais quoi faire. Rien d'autre qu'une lutte perdue d'avance pour tout sauver. Ça défilait trop vite. Tout passait et se brisait. « Tu dois faire des choses. Pourquoi ne reprends-tu pas des études ? »

Nandiny, pensive, sur les pelouses de la fac, les yeux en l'air vers n'importe quoi qui fut loin, répondrait enfin pour lui : « N'écoute pas ta maman. Moi, je sais de quoi je parle, rien de plus absurde que la condition d'étudiant. Tu comprends, il y a une logique aux choses. Dans notre société, par exemple, n'importe où, la primauté c'est manger, avoir un toit. Ça, c'est la logique, l'instinct de survie primaire de l'animal. La culture, l'art, tout ça ne vient seulement qu'ensuite. Être étudiant, c'est inverser cet ordre normal : se préoccuper du secondaire quand le primaire n'est pas rempli. Comment veux-tu qu'on s'en sorte ? »

Voilà, pensait-il, où se diriger : la voie de l'enregistrement patient et pragmatique des évènements annodins. Il l'écoutait parler et savait comme ses paroles se perdraient dans un souffle ou bien avec une porte qui claque. Peut-être que s'il filmait tout, aussi bien tout finirait et son corps s'allongerait-il un jour pour de bon ; mais quelque chose resterait de ce peu qu'ils avaient étés.

Posté par ColvillePetipont à 10:05 - le désapprentissage de Sean Centoeil - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

17.02.11

pour tout ceux qui n'en sont pas

On pourrait tout à fait se laisser aller à ne plus rien être. S'oublier entièrement, devenir un autre, tous les autres. Arrêter de dire des conneries comme : « Nous sommes si malheureux ici ; regarde là-bas comme c'est beau. » Rien n'est grave, souviens toi. Tout est important. Clap clap des mains dans la chanson. Viens, on passe par la porte de derrière, je te montre un endroit, c'est le plus beau du monde, c'est moi qui l'ait inventé rien que pour nous deux. Mais si tu désires qu'on soit plus, y a tous ces gens, on pourrait les sauver. Le truc : on tombe en arrière, on flotte. Écarte les bras. Flotte. Ils nous ont menti. Ça peut être autrement. Ça peut. Le monde, c'est pas que ça. Même si le maître l'a dit, viens, on fait autre chose, quelque chose pour tous ceux qui n'en sont pas.

Posté par ColvillePetipont à 10:05 - le désapprentissage de Sean Centoeil - Commentaires [0] - Rétroliens [0]